Ses origines

Mwendo dans le Kabagali / Nyanza (1921 - 1941)

Les sources généalogiques rapportent que Dominique Mbonyumutwa est du clan des "Abagesera" descendants de Mannyoli, venu du Gisaka à l'est du Rwanda. Mannyoli s'établit dans le Rwanda central il y a de cela huit générations. Il existe deux branches des Abannyoli. L'une, la sienne, se retrouve dans la région de Mwendo dans le Kabagali, l'autre dans la région de Kirengeri-Mpanda, dans le Marangara. Ces deux régions sont voisines et se trouvent dans l'ancienne circonscription administrative de Gitarama.

La branche de Kirengeri-Mpanda se considère comme tutsi. La branche de Mwendo, quant à elle, se considère comme hutu. Les figures politiques connues sont celles de Dominique Mbonyumutwa et de Jean-Baptiste Utumabahutu, un moniteur diplomé qui sera nommé sous-chef puis chef du Mayaga à l'aube de la Révolution de 1959. A l'indépendance, il devient secrétaire d'Etat chargé des réfugiés puis député national.

Les deux branches installées dans le Rwanda central se réclament d'être les descendants du roi Kimenyi Umuzirankende de Gisaka. Le Gisaka est le dernier royaume à avoir été conquis par le roi tutsi du Rwanda. Les Bagesera sont nombreux dans les autres régions du Rwanda.

Cette brève évocation des origines n'a d'autre but que de montrer que la bipolarisation de la notion hutu-tutsi, telle qu'elle a été théorisée de façon nettement tranchée par des experts européens cartésiens, est une question relative et complexe. 

Dominique Mbonyumutwa est né en 1921 à Mwendo, dans le Kabagali. Il perd son père à l'âge de 8 ans. Suite à cela, sa mère lui demande d'aller relayer son père aux corvées chez le seigneur local tutsi. Ce phénomène qui consistait à passer une partie de l'année à la cour d'un chef en lui restant totalement soumis sous peine de déchéance s'appelait "kujya gufata igihe kwa shebuja", soit littéralement "aller passer le temps chez son maitre".  Le jeune Mbonyumutwa refuse car il préfére poursuivre ses études mais comme la sagesse populaire conseillait aux Hutus de ne pas aller perdre leur temps à étudier, étant donné que l'accès au pouvoir (kugabana umusozi) était exclusivement réservé aux Tutsis de père en fils, cancres ou intelligents, sa mère ne démordait pas et voulait le voir aller aux corvées plutôt qu'aux études. Suite à la résistance de son fils, le seigneur se mit en colère et décida d'exproprier la famille du jeune Mbonyumutwa de tout le bétail donné en contrat de servage "ubuhake".

Voilà le jeune Mbonyumutwa devenu l'enfant terrible aux yeux de sa mère et de toute sa famille pour lui avoir fait perdre et les vaches et la protection du seigneur. Le plus dramatique n'étant pas de perdre les vaches, mais de perdre la puissante protection du seigneur, car le serf est désormais exposé à la merci de ses rivaux et ennemis qui peuvent le livrer à n'importe qui sans craindre d'être inquiété. Il surmontera cette épreuve grâce au soutien d'un notable tutsi progressiste du nom de Tharcisse Gihana, qui lui offrira protection pour aller aux études. Il pourra ainsi continuer à étudier et gardera de tout ça un souvenir vivant à la fois de reconnaissance et d'amertume envers la société. Jusqu'à sa mort, son regret inconsolable fut que sa mère s'éteindra juste quelques mois avant de voir son rejeton "rebelle" accéder au rang de sous-chef en septembre 1952.

Après ses études primaires à Muyunzwe, il s'en va étudier au Noviciat des frères Joséphites de Kabgayi. Ses études secondaires sont courronées par un "diplôme de moniteur" ou instituteur. Aussitôt, il commence son premier travail d'enseignant à Kamonyi, dans le Rukoma, en 1941. Et c'est précisément là qu'il fondera son foyer avec Sophie Nyirabuhake, une jeune fille née en 1918 à Mbare, dans le Marangara, et qui avait étudié à Kabgayi au Noviciat des Abenebikira, les soeurs auxiliaires des Pères Blancs. Le fait qu'elle savait lire et écrire était un critère important pour Mbonyumutwa qui ne souhaitait pas épouser une femme illetrée.

Kabgayi / Gitarama (1941-1948)

Ils se marièrent le 1er mai 1941, à Kabgayi. Le 28 février 1942, sa femme mit au monde son premier garçon: Shingiro Mbonyumutwa. Dominique Mbonyumutwa lui donna le même nom que lui, fait très rare à l'époque. C'était là un signe évident d'occidentalisation. La famille Mbonyumutwa aura, en fin de parcours, sept enfants, trois garçons et quatre filles: Shingiro Mbonyumutwa, Marie-Claire Mukamugema, Félicitée Musanganire, Perpétue Muramutse, Thomas Kigufi, Joseph Kimenyi et Bernadette Nyiratunga.

Dominique Mbonyumutwa et sa petite famille quittent Kamonyi assez rapidement car Dominique Mbonyumutwa vient d'être recruté pour aller enseigner à l'école des enfant des Blancs qui travaillaient pour la Somuki à Rutongo-Mugambazi. La Somuki est une société minière située à Rutongo qui extrait la cassitérite alors abondante dans cette région. Regroupée avec la Minétain et les autres exploitants miniers, elle donnera naissance à la Société des mines du Rwanda, la SOMIRWA, dans les années septante (70'). Le séjour n'y sera pas long non plus car en 1946, il quitte cette localité pour regagner son terroir natal de Mwendo-Kabagali où il devient enseignant dans la paroisse de Muyunzwe. Mais là encore, il n'y restera pas longtemps, puisqu'en 1947 déjà, il quitte la fonction de moniteur et se fait engager, un an plus tard, en 1948, en qualité de commis à l'administration belge à Gitarama.

Kabgayi/Gitarama (1948-1952) 

Après sa démission, quelqu'un renseigne qu'un moniteur diplômé est à la recherche d'un emploi. C'est alors que Dominique Mbonyumutwa est convoqué à une interview chez la Reine Mère Kankazi à Shyogwe où celle-ci et son entourage lui auraient démandé de faire un monologue en français "vuga igifaransa twumve" (parle français pour qu'on entende ça), ce qu'il aurait refusé car il n'avait pas apprécié la manière dont cela lui avait été demandé. Heureusement pour lui, car il décroche ensuite le poste de commis à Gitarama, beaucoup plus valorisant que celui de clerc chez la Reine Mère.

Début 1952, la mère de Dominique Mbonyumutwa décède. Elle habitait à Mwendo, à deux heures de marche à pied du lieu de là où il travaillait. Pourtant, il ne pourra pas assister à ses obsèques car malheureusement pour lui son chef, un Belge, qui avait plannifié depuis longtemps d'aller passer ses vacances à Usumbura (Bujumbura) et à Constermansville (Bukavu) lui refusa l'autorisation d'y aller car il devait garder le poste et notamment la supervision de deux piliers de l'adiministration qu'étaient la police et la prison. Il aura beau invoquer le cas de force majeure pour obtenir l'autorisation d'aller enterrer sa mère, mais rien n'y fera, le patron avait décidé d'aller en vacances point à la ligne. Plus tard, Dominique Mbonyumutwa invoquera souvent cela quand il voulait faire comprendre qu'à l'époque, le travail n'était pas de l'amusement. Il fallait tout endurer.

Kanyanza / Nyabikenke dans le Ndiza (1952-1956)

Fin 1952, dans le cadre du plan décennal de développement, il fut promu sous-chef dans la chefferie de Ndiza. Dominique Mbonyumutwa était très sévère envers lui-même. Il se levait très tôt et marchait presque toute la journée pour faire travailler ses administrés. Vis-à-vis de ceux-ci, il était tout autant sévère mais juste. C'est certainement pour cette raison qu'il était à la fois respecté et apprécié de ses administrés. Il voulait que sa sous-chefferie soit cotée "élite" (90%) et ce sera le cas durant les sept ans de son administration. De même, il rêvait à la formation scolaire de la jeunesse et au respect du travail manuel.